Ka ki KAKO ? L'Art o LAW ? S.O.S - Frères d'Arts Le mouvement KAKO Depuis bientôt environ une dizaine d'année*, en Guadeloupe en particulier et aux Antilles françaises ensuite, une tendance artistique se développe : le mouvement KAKO. Ce mot est utilisé en premier par Exxòs (MC et DJ du Karukéra Crew) afin de définir sa propre "couleur" musicale. Emprunte de sonorités, mélodies, rythmes, issues des musiques et traditions orales anciennes propres à ces régions, il n'est pas rare qu'il recours à des samples de morceaux d'anciens disques de gwo-ka d'abord et de tous les autres styles musicaux qui le suivent ensuite dans l'histoire musicale antillaise francophone. Cela donne un nouveau son. Un autre deejay du groupe, Phonie, quant à lui, sur cette même base, s'illustre dans un concept appelé par lui - même : Soopakongo. La ligne créatrice de fond est ouvertement influencée par la culture Hip - Hop. D'un autre côté, des groupes de rap plus "conventionnels", comme Gwada Nostra produisent des morceaux mettant en oeuvre le regain d'intérêt de la jeunesse antillaise pour sa culture. Cependant cette volonté de créer s'affirme de plus en plus en s'appuyant sur ses ressources locales. Aussi, au fur et à mesure, on constate que la nuance rap américaine s'estompe pour laisser place à une vibration plus caribéenne. Tout cela se passe dans les années 90. A partir de ce moment aussi, un artiste jusqu'alors catalogué zouk, Dominik Coco, faisant déjà son chemin musical, s'installe aussi dans cette mouvance. Il fait le même travail qu'Exxòs, mais à partir du "son" Zouk. Le même cheminement est pris et on s'éloigne de plus en plus du zouk "classique", qui continue d'exister par ailleurs. Puisqu'en observant sa discographie, on peut dire qu'il est dans la démarche Kako depuis sa participation à l'album "N'Limited" de Dominique PANOL (1996) et son single "Natirèl Poézi" (1998), qui sont les supports les plus visibles des débuts de sa recherche. Coco parle ainsi dans son album "Lakou Zaboka", paru en 2003, de Kako mizik. Là, il montre au public son ouverture sur une vision plus "originale" de sa propre musique et de sa propre culture. Cet album représente (à mes yeux et oreilles) un point - clé du cheminement de cet artiste. Il devient alors une sorte de "figure de proue" de ce mouvement informel. En même temps, la tendance se confirme dans le milieu musical urbain et underground. De manières plus ou moins réussies, de multiples artistes rap ou dance - hall se lancent dans l'expérience d'un retour aux sources par des performances sur des instrumentaux usant à tout-va de la réactualisation de musiques traditionnelles locales. Les meilleures créations restent (à mon avis) celles où interviennent de près ou de loin les initiateurs du mouvement. Ensuite apparaît ainsi un concept créé par Joby Bourguignon et Michel Halley : le DUB'N KA (Août 2003, au Centre des Arts de Pointe – à – Pitre) Le succès de ce concert participera à élargir le public Kako. L'idée est simple : réunir, sur une même scène, deux générations de musiciens dont les styles musicaux sont a priori opposés. Les toasters, rappeurs et les chanteurs de gwo-ka seront réunis pour le meilleur et pour le pire l'espace de quelques nuits. Et cela va beaucoup plaire (Dominik Coco aura été le directeur artistique du spectacle). Auparavant, en Martinique, des pionniers du Hip-Hop martiniquais, Nèg Lyrical et Nèg Madnick du groupe Nègkipakafèlafèt sont sur le projet "Bèlè Boumbap" de Kali (2001). La volonté affichée est la même que celle qui impulsa le Kako, mais avec les sonorités martiniquaises cette fois. On assiste alors à un désir de plus en plus profond de la jeunesse antillaise francophone de s'affirmer, mais par sa propre "voix". Tous ces mouvements culturels se répandent et sont intégrés par d'autres formes de créations artistiques : la danse, les arts - plastiques, le stylisme, l'artisanat d'art sont les plus visibles. Une école de danse traditionnelle, Kamodjaka, qui reçoit des jeunes breakers dans sa salle chaque semaine, décide de mettre au point des chorégraphies gwo – ka originales avec ces derniers. Un collectif d'artistes - plasticiens prend le nom de Kako Art, et commence aussi à réaliser des expositions avec une ligne directrice : vulgariser les arts - plastiques, aller vers le public. Ils font ainsi de nombreuses réalisations à l'aide d'objets anciens ou évocateurs du passé historique de la région. Ils peignent sur des vêtements et proposent des oeuvres à des prix très abordables. Ils réalisent enfin une manifestation qui tend à prendre de l'ampleur : "Le Carrefour des Arts" (aux abords d'une rivière et d'un sous bois, des plasticiens exposent et travaillent aux yeux de tous, pendant toute une journée ; la journée est ponctuée de prestations musicales). Au niveau de la mode – jeune, apparaissent de nombreuses marques qui prennent des noms créoles ou qui évoquent la culture caribéenne : HardStone, Pag'Na, Jénès An Mouvman, Krey All, et plus récemment Afro Exentrik. Le cheminement artistique est le même que celui suivi par la musique. Au départ, une forte empreinte de la mode urbaine issue de la culture Hip-Hop qui laisse place petit à petit à un style plus en phase avec la réalité culturelle locale. On assiste alors à une utilisation de codes visuels et matériaux d'habitudes laissés aux vêtements traditionnels. Le tissus et les motifs madras font partie des éléments qui ont le plus de succès. Le mouvement suit un parcours parallèle aux nouveaux réseaux de communications et s'étend très rapidement dans les communautés antillaises de part le monde et en particulier en France. Les expériences artistiques et intellectuelles sont relayés et répétées. Là - bas, alors, on assiste, entre autres, à l'émergence d'artisans d'un nouveau genre. Des artisans urbains qui affirment en même temps leur appartenance au monde de la ville et aux monde des "îles". Les codes sont repérables dans les formes (B-Boys) et/ou les matériaux utilisés (bois, etc...). En Guadeloupe, un collectif d'artisans (en majorité rastafari), a initié quelques années plus tôt des foires artisanales populaires. Aujourd'hui, les derniers ressortissants de ce groupe continuent de proposer des objets qui mêlent l'utilité à une subtilité artistique ostentatoire, comparativement aux objets artisanaux les plus répandus. L'artisan d'art Damjahla et sa marque Kléasyon sont un exemple. Récemment, il s'est allié au plasticien Bernard Pincemail (membre de Kako Art) pour lancer une gamme d'objets originaux : des luminaires en bambou. Là encore à des prix bas (en comparaison avec la qualité du travail fourni) et en exposant dans des lieux originaux et proche du public (restaurants, ...). Maintenant, de nombreux artistes gravitent autour de ce nouveau mouvement artistique, de façon plus ou moins prôche et de manière plus ou moins sincère. La constante est que l'affirmation de soi et surtout la reconnaissance de la culture caribéenne tiennent une place prépondérante dans les créations d'aujourd'hui. Elles sont le signe d'un resserrement des peuples antillais avec leurs racines comme pour lutter contre les forces oppressantes quasi - infinis de la société occidentale actuelle. Je pense que c'est un bon signe pour l'avenir. Cependant, à mon sens, l'authenticité et l'innocente vigueur originelle de beaucoup de ces créations viennent buter sur le puissant "voile" économique international. Et malheureusement, je trouve que beaucoup trop d'initiatives "échouent" sur ces rivages inévitables (semble - t - il) que sont l'appât du gain (au sens large) et le désir de reconnaissance exacerbé (ou gloire). Je pense que le système américain "triomphant", notamment, a placé ces deux dernières "choses" comme les aboutissements de toute "entreprise" (économique, culturelle, sociale, politique et même spirituelle). Et par la même occasion, les énergies créatrices de par le monde ont été "tordues" ou détournées, au point de ne plus savoir qu'elle est leur véritable but. C'est en cela que je pense que les "créateurs" (beaucoup moins répandus que les "créatifs") se doivent de préserver un jardin "sacré". Un lieu où les lois de l'économie de marché n'auront plus accès et où seul comptera "la Vie". Aujourd'hui, contrairement à ce qu'ont pu dire les anciens Caribéens, toutes les nourritures ne sont pas bonnes à manger. Alors que trois éléments continuent de constituer une part essentielle de la base de toute tentative de construction communicationnelle et culturelle : "la pensée", "le langage" et "la parole". Ainsi, le Kako continuera - t- il à se nourrir dans ce tryptique sacré ou sombrera - t - il, lui aussi comme d'autres tentatives d'émancipation historiques, dans les cailles tranchantes de la "p'tite gloriole" ou du "m'as – tu – vu" ? Auteur : Luk GAMA, graphiste guadeloupéen, (Octobre 2007) * Au moment où j'écris cet article.
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