Mé 67 SOLITUDE De la veillée... Solitude Le 08 Mars 2007, sur la route tôt le matin, à un moment où la Lune rêve encore du Soleil, je conduis. Une voix captée par le poste - radio de ma voiture me sort brutalement et définitivement de mon brouillard matinal habituel. L'association LE CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) a émis une pétition en faveur de l'accès de la mulâtresse Solitude et Olympe de Gouges au Panthéon Français, en vertu du combat contre l'esclavage qu'elles ont mené. A ce moment, mon sang ne fait qu'un tour (comme à son habitude comme il se doit, mais bien plus ce coup - ci). Une fois n'est pas coutume, je suis choqué, interloqué, puis offusqué. Ma conscience me pousse à me poser de nombreuses questions. Qui est Olympe de Gouges et qui est vraiment " la mulâtresse Solitude ? Que sont le C.R.A.N et le Panthéon ? Que faire ? Quoi dire ? Pourquoi ? Quand et Comment ? Je vous épargnerais du reste de mon questionnement beaucoup plus intime. Ces étincelles de mon émoi finissent par enflammer mon intellect et c'est ainsi que je décidai de me mettre en quête d'éclairer ma lanterne de tête. Ce que je sais Olympe de Gouges ?! Jusqu'à aujourd'hui, ce nom était complètement inconnu à mes sens. De retour chez moi, je m'installe rapidement devant mon ordinateur, j'ouvre mon navigateur puis tapote impulsivement : Olympe de Gouges. C'est alors que je tombe comme à l'accoutumé sur une pléiade d'adresses internet. Je choisi celui de l'encyclopédie Wikipedia ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Olympe_de_Gouges). Il est écrit : « Marie Gouze (7 mai 1748 - 3 novembre 1793), plus connue sous le nom de Marie - Olympe de Gouges, était une femme de lettres devenue femme politique et polémiste de 1788 à sa mort sur l'échafaud en 1793. Elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l'abolition de l'esclavage des Noirs. Elle est devenue emblématique des mouvements pour la libération des femmes, pour l'humanisme en général, et l'importance du rôle qu'elle a joué dans l'histoire des idées a été réévaluée à la hausse dans les milieux universitaires du monde entier.» J'apprends plus loin qu'elle a écrit la « déclaration des droits de la femme » en 1791. Ma curiosité trépidante a été assouvie. Solitude Croulant sous le poids de mon éducation scolaire, je me sens obligé de re - chercher et revoir ce qu'il est dit de Solitude dans les livres d'histoire. Tout à coup, une pulsion électro - affective m'attire de nouveau vers ce vieil internet. Et voilà que j'y "surfe" quelques instants, à la recherche d'une info à repêcher vite - fait bien - fait. C'est alors que j'apprends que Solitude serait née vers 1772. Woaw ! Mais non, voyons, je lutte de toutes mes forces et me déconnecte sans plus tarder. Bien que cela me soit de plus en plus difficile à vivre, je préfère le contact soyeux des feuilles de livres. D' où vient – elle ? Il semble que les historiens ne savent que très peu de choses sur ses origines. Je me plonge alors dans la fabuleuse collection Hommage à la femme noire de Simone Schwarz - Bart, aux éditions Consulaires en 1988, à partir de la page 128 du volume III : une rubrique consacrée à Solitude. Elle serait née d'une mère Africaine violée, à bord d'un bateau négrier, par un marin français durant la traversée vers les Amériques. Elle aurait eu huit ans lorsque sa mère se serait enfuie. L'écrivain nous dit aussi qu' « en 1796, on la retrouve dans le camp des nègres marrons de la Goyave*. (...) Le 3 février 1798, les troupes du général Desfourneaux enlèvent d'assaut le camp de la Goyave et exterminent ses chefs. La jeune femme prend le commandement des survivants et fait ses premiers pas dans la légende. (...) Elle errera ainsi, pourchassée par les troupes françaises et les milices noires, jusqu'à la venue au pouvoir du consul Bonaparte, qui est décidé à rétablir officiellement l'esclavage. (...) » Ah ! Ma soif de savoir est de mieux en mieux récompensée. Je voix dans ma bibliothèque Joseph Ignace, le premier rebelle de Roland Anduse, aux éditions Jasor, de 1989. Je feuillette. Tiens ! Page 265, en parlant du 23 mai 1802, il écrit : « Solitude, sang - mêlée était venue de Pointe - à - Pitre. C'était la Pasionara du Mouvement. Bien qu'enceinte, elle était toujours aux premiers rangs des insurgés. Lacour (historien cité par Anduse) raconte qu'a Dolé, un de ses lapins s'étant échappé « elle s'arme d'une broche, court, le perce, le lève et le présentant aux prisonnières : tiens, dit - elle en mêlant à ses paroles les épithètes les plus injurieuses, voilà comme je vais vous traiter quand il sera temps. » Arrêtée plus tard, Solitude sera condamnée à mort. Mais en raison de sa grossesse, on dut surseoir à la sentence. Elle sera pendue le 29 novembre 1802, après accouchement. » Les vicissitudes de la vie n'ayant pas fait de moi un historien, c'est en tant que jeune que je me contentai de mes acquis des bancs d'écoles et de ces informations. Il faut donc que je me demande qu'elle lien il existe entre Olympe de Gouges et Solitude. Mon expérience personnelle et professionnelle de graphiste me permet de vite comprendre l'enjeu apparu aux yeux de certains face à cette association de personnages. En Guadeloupe et en France comme ailleurs, le contexte social actuel autorise nombre de ses acteurs à user allègrement des services de la mécanique publicitaire et de mettre en branle à tout va les rouages de la communication événementielle. Le récent tapage médiatique réussi de l'association « Les enfants de Don Quichotte » illustre magnifiquement cet état de fait. Et d'ailleurs, concernant ce même exemple et par le biais des mêmes médias, d'autres on bien trouvé le moyen de relever l'ambiguïté inhérente à ce type de communication. L'une des conséquences de ce mode de fonctionnement est qu'on finit par ne plus savoir s'il s'agit de résoudre des problèmes ou de problématiser des résolutions. Cela demeure cependant un moyen ultime et hautement efficace de se faire entendre ou voir à l'instar de la voie électorale. LE CRAN Le Conseil Représentatif des Associations Noires (le C.R.A.N) semble vouloir s'asseoir de manière directe et durable dans cette ligne de conduite médiatique. En France, cette organisation veut fédérer un maximum de groupes de personnes ayant pour objectif la promotion et la diffusion des cultures des individus « visiblement minoritaires » : les « noirs » ; en réalité les individus à peau foncée et en particulier ceux dits « de type négroïde ». Sur son site ( http://www.lecran.org), j'apprends effectivement que cette fédération, qui se fait connaître publiquement le 26 novembre 2005, regroupe déjà 130 associations parmi lesquels certaines sont déjà des regroupements d'associations (!). Aussi, des « succursales » s'organisent et se forment dans d'autres régions que l'Île de France (Rhône - Alpe/Auvergne, Provence Alpes Côtes d'Azur, Midi Pyrénées, Martinique, Réunion...). Le C.R.A.N n'arrête pas. Bien au contraire, il tend à s'enfoncer bien plus profondément encore dans la chaire de la société française, face aux visiblement majoritaires : les « blancs », les individus à peau claire ou comme disent les américains, les personnes de « type caucasien ». J'admets naturellement légitime le combat d'un groupe minoritaire pour sa reconnaissance et sa place au sein de la société où il évolue. C'est toute l'histoire de l'humanité. En m'intéressant à la télévision et aux autres médias, je constate que le but du jeu est en effet de produire un « groupe de pression » social afin de rendre plus visible la présence des « noirs » et affiliés dans la société française. Ce que je comprends c'est que dès sa création, cette organisation s'est d'emblée placée dans une attitude réactionnelle. Il ne s'agit pas de créer une prise de conscience de l'existence humaine comme une expérience aux formes multiples et unique. Les groupes quémandant une place plus significative des « noirs » dans le « paysage audiovisuel français » ne semblent pas émouvoir suffisamment. Non, j'assiste à une énième tentative de descendants d'Africains nègres, de se faire aussi une place, au milieu de ce reconnu grand capharnaüm matérialiste occidental, politique et culturel. Et oui, le C.R.A.N, comme il se doit pour une fédération, recueille et reprend ainsi de nombreuses requêtes ; notamment celles de la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité et de la reconnaissance des personnalités historiques emblématiques du combat contre l'esclavage, par l'état Français. Nous voilà arrivés. Sur impulsion de Madame Christiane Taubira, une loi allant dans ce sens a déjà été promulguée, le 10 mai 2001. Mais auparavant, en 1989, l'historienne Catherine Marand - Fouquet, émet le souhait que la France fasse entrer au Panthéon plusieurs personnalités dont Olympe de Gouges et Solitude. Pourquoi ? Parce que ce sont deux femmes, qui plus est contemporaines l'une de l'autre, qui ont lutté chacune à leur manière et de leur côté contre l'injure anti - humaine de la traite négrière et de l'esclavage des Africains nègres. Ça y est, pour beaucoup d'entre - nous, tous ces mouvements apparaissent comme des signes de l'évolution des mentalités. La brèche est faite et semble ouverte à qui veut bien s’y introduire. Ainsi, à l’orée du changement de gouvernance et face à l’aubaine communicative que cela représente, le C.R.A.N reprend la requête de l’historienne, qui s’y associe : « Solitude et Olympe de Gouges au Panthéon ! » (...)
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