Mé 67 SOLITUDE De la veillée... Imaginaire créole et rézonans « De la veillée à un modèle théorique : un essai de construction humaine… » (Extrait de l'intervention faite par Raymond GAMA, Dr en histoire, à la Conférence de la Coordination - Guadeloupe de la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie, Hotel Salako, Gosier, Guadeloupe, le 17 avril 2010) * Introduction " De la veillée à un modèle théorique : un essai de construction humaine... ", le titre choisi pour notre intervention à propos de votre thème d’échanges désigne avant tout un témoignage. Il s’agira de vous présenter les tenants d’un vécu guadeloupéen, caribéen de la rézonans. De qui s’agit – il ? Peu importe ! De quoi parlerons – nous ? De la veillée mortuaire. Nous ne mettrons pas de nom sur le dit témoignage. Mais, pour avoir partagé intimement quelques uns des échos rapportés nous ne serons pas objectifs dans les observations proposées. En tous les cas, de multiples rencontres faites principalement dans l’archipel de la Guadeloupe, mais également dans certaines autres îles de la Caraïbe, telles Antigue, Dominique, Barbade, Haïti, Santo Domingo, Trinidad… alimenteront celles – ci. La synthèse que nous comptons vous proposer s’inspire de divers apports, d’abord culturels, mais aussi théoriques, notamment de la théorie des systèmes, telles que développée par le sociologue français Edgar Morin. Il nous faut également vous signaler que le support principal de l’essai qui vous sera présenté est une idée qui naît au milieu de la décennie 80, mais il n’a fait l’objet que de présentations partielles, ce qui sera encore aujourd’hui le cas. Toutefois, nous avons choisi de répondre à votre demande, conscients de la nécessité d’apporter à votre génération des éléments de compréhension de certains de nos engagements publics. Nous espérons pouvoir répondre ainsi à certaines de vos attentes. La veillée est cet instant qui unit la mort à la vie, dans les sociétés créoles caribéennes. C’est un lieu qui capte les créativités autour d’un mort. Il s’agit, sans aucun doute, de l’une des nos créations sociales les plus significatives. Il peut paraître incongru d’y associer un modèle théorique. Pourtant, c’est ce que nous allons tenter en liant la réalité objective décrite à un essai de construction humaine. Car, dans le temps, la mortalité était une occasion de construction de l’imaginaire de nos enfants. En effet, l’enfant jusques là ignoré de la famille légitime apparaissait et embrassait, souvent pour la première et dernière fois, son père naturel. Il existait dorénavant. Les sœurs et les frères se dévoilaient. La famille se recomposait ainsi bien souvent. Et, d’une façon générale, de l’enfant misérable, la veillée devenait la clé principale d’une entrée dans le monde des adultes, et cela pas forcément de manière totalement fictive. Quels sont les moyens mis en œuvre qui ont rendu possible une telle alchimie ? De la démarche centrale, ce sera là une première étape que nous nommerons, la découverte. Quels sont les ingrédients cultuels qui ouvrent la voie d’un nouvel univers ? Telle sera notre seconde étape. Enfin, la synthèse dans un modèle purement théorique, mais néanmoins, dynamique… puisque principal support de notre démarche intellectuelle, terminera notre présente intervention. Mais, parlons d’abord de méthode... ******* Conclusion En guise de conclusion, disons : « Je suis un enfant de la veillée ! », cette affirmation ne nous semble pas très éloignée de la réalité décrite. Du moins, nous nous sommes efforcés de vous les rendre le plus proche que possible. Car, au terme de cette intervention, qui aurait cru qu’en interrogeant d’une manière peu orthodoxe nos veillées, il était envisageable de leur extraire autant de créativités ? Traiter d’imaginaire et rézonans, d’un point de vue d’historien, mais qui plus est de témoin, cela relevait du défi. Nous espérons avoir satisfait au moins votre curiosité. Certes, les veillées actuelles ne ressemblent plus à ce que nous venons de vous décrire ! Soit. Mais, l’essentiel est - il dans la forme ou dans le fond ? La mortalité était pour nous une occasion d’oublier la misère et la nuit, filles de la mort. Aujourd’hui, nos enfants n’ont pas peur de la nuit. Ils n’ont pas peur de la mort. Et, nous devons nous rendre à l’évidence, lors de nos soirées funéraires, dans des salles climatisées, il n’y a plus de places pour l’enfant. Il est absent de nos veillées, et quelquefois vautré dans la misère, il est seul face à la mort qu’il confond avec la vie. Voilà qui est préoccupant sur le fond. Si, aujourd’hui, pendant notre vie active nous n’avons que peu de temps à consacrer à notre progéniture, il est tout à fait logique de constater que les uns et les autres, nous considérons l’instant de la veillée de nos défunts, plutôt comme un moment pour voir les proches, surtout les vivants, que comme un lieu d’enseignement. Nous sommes déjà bien trop loin du mort. Et, c’est peut – être la raison pour laquelle il ne fait plus d’échos dans l’imaginaire de nos enfants. ******* Raymond B. GAMA, Avril 2010
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